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Charles Dallery, inventeur de l’hélice propulsive des bateaux

Thomas Charles Auguste Dallery est né à Amiens le 4 septembre 1754, dans une famille de facteurs d’orgues ; il était lui-même facteur d’orgues.

Son père Charles Dallery ( 1702 – 1779 ), tonnelier de son état, se passionna très tôt pour la construction des orgues. On ne sait pas bien comment il apprit le  métier. Installé à Amiens, en 1726 il entretenait l’orgue de l’Eglise Saint-Sulpice de cette ville.
Pierre Dallery ( 1735 – 1812 ), neveu et élève du précédent, bénéficia d’une grand renommée comme facteur d’orgues. Il  fut associé à François-Henri Cliquot ( 1732 – 1790), le célèbre « facteur d’orgues du roi », et construisit avec celui-ci un certain nombre d’instruments remarquables.

Le Jeune Charles Dallery entreprend son apprentissage d’horloger, en même  temps que celui de facteur d’orgues, sous la direction de son père. Il n’avait que 25 ans lorsque ce dernier décède. Il avait cependant de grandes aptitudes de « mécanicien » comme l’on disait alors, ce qui lui permit de mettre au point de nombreuses inventions dans divers domaines. Un facteur d’orgues est nécessairement musicien : Charles Dallery adapte sur une harpe un  mécanisme propre à produire les demi-tons. Mais c’est son patron d’alors, un constructeur d’instruments de musique à Paris, qui prend un brevet d’invention à son nom, et exploite à la fois l’invention et le véritable inventeur !
Revenu dans l’atelier de son père à Amiens, il perfectionne le système de soufflerie des orgues, qui est encore  employé aujourd’hui.

Peu après l’invention des frères Montgolfier d’Annonay ( 1783 ), il construit un « aérostat », et donne le spectacle d’une ascension à Amiens !

Dans son atelier de facteur d’orgues, à Amiens, succédant à son père, ses activités sont multiples. Il construit des instruments de musique, dont un clavecin dit à bombarde, qui eut un certain succès. Cependant, la Révolution fermant les églises, met fin à ses activités de facteur d’orgues.

Il construit, dans les faubourgs  d’Amiens, un moulin à vent pour moudre le grain, dont les ailes tournent dans un plan horizontal, et qui fonctionne ainsi quelle que soit la direction du vent : une très bonne idée, qui ne fut pas appréciée par la population locale ; surnommée « le moulin de la folie », l’entreprise fut sans lendemain.

Charles Dallery avait construit une petite machine à vapeur, qu’il utilisa dans ses ateliers pour actionner un martinet pour battre l’étain des tuyaux d’orgues. Dès ces temps, il avait imaginé la propulsion d’un véhicule routier à l’aide d’une machine à vapeur.
C’est alors qu’un fabricant de limes lui commande deux machines à vapeur pour ses usines de Nevers et d’Amboise ; Charles Dallery supervise activement leur installation sur place.
Charles Dallery se lance alors dans l’horlogerie-bijouterie, son premier métier, avec succès. Ses montres à répétition fixées sur des bagues deviennent célèbres, mais se vendent mal, car elles sont d’un coût élevé. Il crée l’outillage pour la fabrication de ses montres, aux boîtiers en or ou en argent, activités qu’il poursuivra jusqu’en 1825.

Mais entre temps, vers 1780, Charles Dallery avait repris son idée d’adapter une machine à vapeur « pour faire marcher une voiture pour la locomotion terrestre » Un projet encore abandonné.

Un peu plus  tard, et ceci nous intéresse de façon plus particulière, Charles Dallery a l’idée d’adapter une  vis sans fin, actionnée par une machine à vapeur, pour la marche des bateaux de  navigation intérieure.
Certes l’idée n’est pas nouvelle, puisqu’elle date de Denis Papin, et que l’américain Fulton avait attiré l’attention publique sur le même objet.
Charles Dallery obtient son brevet d’invention le 29 mars 1803, pour « un  mobile perfectionné appliqué aux voies de transport par terre et par eau ». On y trouve décrit « un vaisseau insubmersible et une voiture mus par une pompe à feu dont l’effet est d’augmenter les forces à volonté ».

A est la chaudière à la Perkins, qui sert à produire la vapeur ;
B, le cylindre à vapeur, parcouru par le piston ;
C, la tige du piston ;
DD, la chaîne qui se replie sur une poulie, et vient, au moyen d’une roue à rochets E, faire tourner l’hélice F, ou plutôt l’escargot, comme l’appelle l’inventeur.

Le bateau prototype de Charles Dallery était équipé d’une hélice propulsive fixe à l’arrière, à deux spires de révolution, donc du même type que celle préconisée par Frédéric Sauvage, c’est-à-dire une vis sans fin. Ceci est décrit ainsi dans le brevet de 1803 : « Un arbre tournant garni de feuilles de cuivre un peu bombées, qui forment l’escargot ; leur diamètre est de six pieds, et leur plan incliné de trois pieds par tour ». Un « escargot » semblable était placé à l’avant du bateau, mais mobile, de façon à servir de gouvernail de direction : c’est là une innovation.
A remarquer que ces hélices sont de grande dimension : 6 pieds de diamètre, soit de l’ordre de 1,80 mètre.

Une machine à vapeur à deux cylindres assure la rotation des  hélices, à l’aide de chaînes et poulies à gorge solidaires des axes des hélices. Certes, ce dispositif mécanique d’entraînement des hélices, semble très sommaire et primitif sur les dessins du brevet d’invention, mais Charles Dallery était sans aucun doute capable de l’améliorer lors de la construction en vrai grandeur de son bateau.

Il faut remarquer que la machine à vapeur de notre inventeur, comporte une chaudière tubulaire, ce qui constitue une innovation pour l’époque : des tubes de 2 pieds et demi de hauteur et de 4 pouces de diamètre, étaient assujettis à leur partie supérieure à un réservoir d’où partait un conduit de vapeur relié aux extrémités des cylindres moteurs. Charles Dallery semble  bien l’inventeur de la  chaudière tubulaire.

Un ventilateur à hélice, placé dans la cheminée, impulsait un tirage forcé activant la combustion dans les foyers. Accessoirement, Charles Dallery équipe son bateau d’un mât télescopique à tubes rentrants, facilitant l’emploi des voiles lorsque le vent est favorable.

Avec la chaudière tubulaire et l’hélice directionnelle, ces équipements que l’on peut sans doute de  qualifier d’accessoires,  font de Charles Dallery  un véritable    novateur.

Dans le cadre de la formation du Camp de Boulogne et du projet de débarquement en Angleterre du Premier Consul, Charles Dallery fondait de grands espoirs pour le succès de son bateau à vapeur à propulsion à hélice. Il entreprend alors la construction et l’équipement d’un prototype, qui est à flot à Bercy ; engageant toutes ses économies. Malheureusement, ses fonds sont épuisés avant l’achèvement de l’entreprise. Et Charles Dallery ne peut obtenir l’appui du gouvernement.

On sait que napoléon ne comprit jamais l’importance et l’avenir de la navigation à vapeur, ainsi que la propulsion des navires à hélice immergée. On lui prête ce propos : « Il y a dans toutes les capitales de l’Europe, une foule d’aventuriers et d’hommes à projets qui courent le monde, offrant à tous les souverains de prétendues découvertes qui n’existent que dans leur imagination. Ce sont autant de charlatans et d’imposteurs qui n’ont d’autre but que d’attraper de l’argent … Ne m’en parlez pas davantage !»

Comme rapporté dans La Science Populaire du 28 octobre 1880, désespéré, le marteau à la main, Charles Dallery donne l’ordre et l’exemple de mettre son bateau et ses équipements en pièces … et déchire son brevet d’invention.

Il reprit ses activités d’horloger-bijoutier, jusqu’au jour où, l’âge venant, il se retira à Jouy-en-Josas, près de Versailles, vers 1825 ; il mourut le 1er juin 1835, à l’âge de 81 ans.

Une rue de Jouy-en-Josas porte son nom et à Paris, le « Passage Charles Dallery », entre la rue de la Roquette et le rue de Charonne, dans la 11ème  Arrondissement, rappelle le souvenir de l’inventeur.

A Amiens, une plaque commémorative signale dans la Chaussée Saint-Pierre la maison natale de Charles Dallery.
Et puis, toujours à Amiens, le buste en marbre, œuvre du sculpteur Albert Roze, porte l’inscription : « A Charles Dallery, 1754 – 1835, né à Amiens, inventeur de l’hélice, de la chaudière tubulaire et du différentiel ». C’est certainement vrai pour la chaudière tubulaire : en 1845, l’Académie des Sciences, sur le rapport de M. Morin, constata les droits de Charles Dallery à la priorité de diverses inventions concernant les machines à vapeur.

Mais on ne peut pas dire que Charles Dallery soit l’inventeur de l’hélice propulsive des navires. Son bateau n’a jamais navigué, propulsé par une hélice, et celle qu’il propose, son « escargot », une vis sans fin, comme l’hélice de Frédéric Sauvage, s’est avérée d’un trop faible rendement, et fut abandonnée au bénéfice de l’hélice à pales que nous connaissons.

Pour en savoir plus

Paul Augustin-Normand – La genèse de l’hélice propulsive – Paris – Académie de Marine, 1962, 120pp – Addenda 1963, 10 pp.
Adolphe Bitard – Histoire des sciences, inventions et découvertes depuis les premiers siècles jusqu’à nos jours – Editions Fayard, 1886, in 4°, 719 pp.
Chopin-Dallery – Origine de l’hélice propulso-directeur et de la chaudière tubulaire – Paris Firmin-Didot – 1855
Dictionnaire encyclopédique et biographique de l’industrie et des arts industriels – 1884.
Norbert Lallié – Charles Dallery ( 1754 – 1835 ) « La Nature », n° 2009, 25 novembre 1911
Une famille de facteurs d’orgues : les DALLERY : http://www.musimem.com/dallery.htm
Le dimanche illustré 27 septembre 1931 : A Sprecher : Charles Dallery, l’inventeur de l’hélice